Un bon article avec une grosse erreur
Paru en décembre 2013, voici un bon article au sujet de notre passion mais qui comporte une grosse erreur. En effet, le prospecteur interrogé indique savoir que “ce qu’il fait est interdit”. A moins de détecter sur site archéologique, passer son détecteur au hasard n’est pas interdit mais toléré comme nous l’avons prouvé à de nombreuses reprises sur ce site. Pour ce qui est du reste, ce prospecteur sent bon le passionné ! (merci à Christophe pour le lien)
http://www.lavoixdunord.fr/region/dans-l-univers-secret-des-prospecteurs-difficile-de-ia29b0n1763636
Dans l’univers secret des prospecteurs, difficile de détecter les bons des voleurs
Par la rédaction pour La Voix du Nord, Publié le 09/12/2013 Par HUBERT FÉRET
Prés, champs, bois et sous-bois : leurs terrains de « jeu » sont les mêmes. Mais quand Thierry enfile sa paire de bottes pour aller à la chasse, il n’épaule en revanche pas de fusil. Car ce n’est pas à la chasse tout court (ou à cour !) qu’il part, mais à la chasse… aux trésors ! Son arme à lui, c’est un détecteur de métaux, qui lui sert à sonder des heures durant les entrailles de la terre. Thierry est ce qu’on appelle un prospecteur. « C’est une passion comme une autre », argue-t-il. Pas tout à fait…
Sans doute avez-vous déjà eu l’occasion de croiser au gré de vos promenades bucoliques ces drôles de gaillards, arpentant les champs munis de ce que le profane appellera une « poêle », mais dont le vrai nom est « détecteur ». Tels des chasseurs, ils organisent même parfois des battues, en ligne, histoire de ne laisser aucun centimètre carré de terre au hasard, et risquer de passer outre le moindre petit bout de métal confiné dans les abysses de la glaise. Vestige, qui sait, d’une villa gallo-romaine, d’une ferme du Moyen Âge, ou encore, ce qui est beaucoup plus courant dans l’Arrageois, et notamment le long de l’ancienne ligne de front de 1914-1918, des combats de la Grande Guerre… «Il y a beaucoup de mordus de Militaria dans le coin, confirme Thierry, la trentaine, lui-même prospecteur. Et comme le sol est riche d’objets militaires, et qu’il faudrait des siècles pour déterrer tout ce qu’il peut contenir, ils fonctionnent souvent en groupes, pour mieux ratisser. »
Mais le Militaria, ce n’est pas le dada de notre Roclincourtois, employé en supermarché à la ville, et davantage passionné par le médiéval aux champs : «C’est forcément plus rare de trouver son bonheur, mais quand c’est le cas, c’est un bonheur immense», décrit celui qui collectionne ainsi boucles de ceinturons, fragments d’armes et autres morceaux d’outils depuis plus de quinze ans. Des objets que Thierry a exhumés – ou parfois troqués contre d’autres – des entrailles du sous-sol, et pas seulement dans l’Arrageois. « Je vais là où je sais qu’il y a des sites connus et reconnus pour abriter probablement des objets de l’époque qui m’intéresse», reconnaît-il.
Pas peur des gendarmes
Mais comment lui est venue cette passion ? «J’ai toujours habité la campagne. Et j’ai toujours vu des gars explorer les prés avec des détecteurs de métaux. Ça m’intriguait, et adolescent, je m’en suis payé un et j’ai commencé par faire des fouilles dans le jardin de mes parents. Puis c’est devenu une passion. J’ai investi dans du bon matériel (les prix des détecteurs de métaux oscillent entre 450 et 1 500 €, en fonction de leur précision, ndlr) et je vais maintenant sur le terrain dès que j’en ai l’occasion. » Parallèlement, Thierry achète aussi beaucoup de livres portant sur l’histoire médiévale, pour se documenter, et il est abonné à nombre de revues ad hoc. «Je ne cherche pas des objets pour dire de les ajouter à ma collection. Ce que j’aime, c’est en comprendre l’utilité, la signification, savoir pourquoi on en trouve par ici, essayer de tisser leur lien avec l’histoire du territoire.»
C’est parce que sa démarche lui semble altruiste que Thierry, qui dit ne jamais prospecter sans l’accord du propriétaire du terrain sur lequel il manie la « poêle », n’a pas le sentiment d’être le délinquant pour lequel la loi et les archéologues voudraient bien le faire passer. «Je sais que c’est interdit. Et je sais ce que j’encours si je me fais prendre (lire par ailleurs). Mais de un, la passion est plus forte ; et de deux, depuis plus de dix ans que je fais ça, j’ai croisé à plusieurs reprises des gendarmes qui ne m’ont jamais rien fait de plus que de petites remontrances. Et encore, je ne sais même pas s’ils pensaient ce qu’ils disaient ! » Il n’a pas pour volonté de jouer la provocation en disant cela, Thierry, lui qui se voit d’ailleurs davantage comme victime. « Les gens comme moi, qui collectionnent les objets, paient les pots cassés pour tous ceux qui se disent prospecteurs, mais dont le seul et unique intérêt est de s’enrichir en revendant ce qu’ils trouvent sur e-bay. Et en ce moment, avec le centenaire de la Grande Guerre qui approche, on en voit beaucoup ! » C’est vrai qu’il suffit de surfer quelques minutes sur la toile pour voir qu’elle sert de décor à un incroyable trafic d’objets historiques, dont il est pourtant difficile de mesurer l’authenticité, mais qui s’arrachent parfois à des tarifs exorbitants…
En quête de légitimité
« En Grande-Bretagne, les prospecteurs sont reconnus. Et ils ont droit à des récompenses et à leur nom inscrit dans le musée où est exposée une pièce qu’ils ont trouvée ! », explique Thierry, déplorant que les archéologues français aient une vision aussi… archaïque de leur hobby. « S’ils savaient faire un pas vers nous, on serait peut-être plus enclins à leur signaler ce qu’on découvre…» Et d’avancer le fait que dans le Nord – Pas-de-Calais ou ailleurs France, c’est grâce à des prospecteurs comme lui qu’ont été mis au jour des sites où les archéologues sont maintenant «bien heureux de travailler »….
Histoire de démontrer sa bonne volonté, Thierry raconte qu’il y a deux semaines de ça, il a déterré du côté d’Aubigny-en-Artois des plaques militaires. Il s’agissait en fait de plaques de Poilus, a priori pas tombés au champ d’honneur, mais qui, rescapés de l’horreur de 14-18, les ont probablement égarées ici plus tard. «Avec un ami passionné par le Militaria, on a fait des recherches sur les noms des deux soldats sur le web, confie Thierry. On a découvert qu’ils sont enterrés dans le carré militaire du cimetière de leur village. On a enquêté sur place pour retrouver d’éventuels descendants, auxquels on a rendu les plaques. Dans l’une des familles, c’était très émouvant. Ça a poussé l’arrière petit-fils du soldat à fouiller dans le grenier, à la recherche de photos de son aïeul, et il a pu reconstituer tout un pan d’une histoire familiale qu’il méconnaissait…»
Un code bonne conduite
Si tous les prospecteurs sont, par définition, hors-la-loi, certains aimeraient voir leur passion reconnue et acceptée. Ils ont pour cela édicté un « code de bonne conduite », repris sur pratiquement tous les sites et forum consacrés à la détection.
« Apprenez la loi ! / Rebouchez les trous que vous faites : les éleveurs n’aiment pas voir leurs prés parsemés de trous dont la profondeur peut constituer un risque pour le bétail, et les performances du matériel permettent qui plus est de localiser précisément une monnaie ou un objet sans devoir creuser un trou énorme / Votre passion a une vocation écologique : laissez les endroits où vous détectez exempts des déchets que vous avez pu extraire, et surtout, ne jetez pas vos piles dans la nature ! / N’entrez sur les terrains qu’après avoir demandé et obtenu la permission du propriétaire / En cas de découverte fortuite d’objets pouvant intéresser l’archéologie, informez-en la Drac ou la mairie / Prévenez immédiatement la police ou la gendarmerie en cas d’objet suspect (obus, bombe, grenade) : laissez-le sur place (mais pas sans surveillance s’il s’agit d’un endroit fréquenté) sans y toucher / Dans les champs, refermez les barrières que vous avez franchies, surtout s’il y a des animaux à proximité ; respectez les animaux et les plantations / Ne manquez jamais une occasion de répondre à toute personne s’intéressant à ce que vous faites, prenez à cœur votre rôle d’ambassadeur. C’est de votre attitude que dépendra peut-être la survie et/ou la reconnaissance de notre passion ! »












